Dix-sept ans après sa mort, la dernière maison de Pascal Sevran – où il disait « savourer le silence et l’ennui » – a été vendue, tournant la page finale de la vie d’un symbole français
- Pierre Howard

- 5 nov. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 nov. 2025
17 ans après sa mort, la dernière maison de Pascal Sevran – ce lieu où il disait « savourer le silence et l’ennui » – a finalement été vendue, refermant le dernier chapitre de la vie d’un symbole à la fois éclatant et controversé de la France
Pascal Sevran (1945 – 2008): Auteur, parolier, animateur et dernier conteur d’une génération. Il demeure dans les livres, dans les souvenirs, et dans le silence de Morterolles qu’il aimait tant.

Le 9 mai 2025, exactement dix-sept ans jour pour jour après la disparition de Pascal Sevran, la vente de sa demeure de Morterolles, dans la Haute-Vienne, à quelque quarante kilomètres de Limoges, a été confirmée par les autorités locales. Ce n’est pas seulement une transaction immobilière, mais la fin d’un héritage intime : celui d’un animateur, parolier et écrivain qui a marqué plus de deux décennies de télévision française.
La maison de Morterolles fut le refuge de Pascal Sevran, un havre de paix loin des lumières parisiennes. Dans une interview à France 3, il confiait : « Quand je suis ici, je savoure le silence et même l’ennui. C’est différent… Moi, qui fais tant de bruit à la télévision, je ne suis plus qu’un homme seul avec le vent, les arbres et le soleil. »
Il avait acheté cette bâtisse en ruine, abandonnée au milieu d’un terrain sauvage, et l’avait patiemment restaurée, pierre après pierre, jusqu’à en faire un petit paradis campagnard. C’est là qu’il recevait quelques proches – Dalida, Marc-Olivier Fogiel, Michel Drucker –, qu’il écrivait, composait, et qu’il se retirait après les tempêtes médiatiques qui avaient rythmé sa carrière.

Né en 1945 à Paris dans une famille modeste – un père chauffeur de taxi, une mère couturière d’origine espagnole –, Pascal Sevran, de son vrai nom Jean-Claude Jouhaud, connut une enfance sans faste. Il commença à écrire des chansons dans les années 1970 ; son texte Il venait d’avoir 18 ans, interprété par Dalida, devint l’une des ballades les plus célèbres de la chanson française.
De parolier, il devint animateur : son émission La Chance aux chansons redonna vie au répertoire classique français et révéla de nombreux artistes. Sur TF1 puis France 2, il conquit un large public, surtout parmi les seniors. Mais sa franchise brutale fit aussi de lui une cible privilégiée des polémiques.
En 2006, il provoqua un scandale après une phrase jugée raciste, tirée de son livre Le privilège des jonquilles, où il affirmait que « les sexes noirs sont responsables de la famine en Afrique ». Tollé général. Les associations antiracistes, comme SOS Racisme, demandèrent des poursuites. France 2 publia un communiqué de désaveu et le rappela à l’ordre.

Mais Sevran ne plia pas. « J’écris et je dis ce que je veux. Me traiter de fasciste est une imbécillité », répliqua-t-il. Fidèle à lui-même : intransigeant, provocateur, parfois insupportable — mais toujours sincère. C’est ce mélange qui fit de lui une figure à la fois détestée et respectée.
Sa vie privée fut tout aussi romanesque. Pascal Sevran n’a jamais caché son homosexualité, à une époque où le sujet restait tabou dans le milieu audiovisuel. Son grand amour, Stéphane, disparu en 1998, fut la raison pour laquelle il acheta la maison de Morterolles.
« C’était son rêve inachevé, je l’ai réalisé pour lui », disait-il. Après cette perte, il s’est peu à peu retiré du monde. Il écrivait davantage, chantait moins, fuyait les soirées parisiennes. Dans ses derniers journaux intimes, il confiait : « Je parle à Stéphane tous les jours. Ici, parmi les arbres, je l’entends encore. » La maison devint un sanctuaire, témoin d’un amour défunt et d’une solitude assumée.

Lorsque Pascal Sevran s’éteint le 9 mai 2008, à 62 ans, la France fut saisie d’émotion. Ironie tragique : quelques semaines plus tôt, une fausse rumeur annonçant sa mort avait déjà circulé, provoquant la colère de ses proches. En 2009, sa famille entreprit de liquider ses biens. Son appartement du 34 quai d’Orléans, sur l’île Saint-Louis, acheté pour 1,5 million d’euros après la mort de Stéphane, fut vendu. Les meubles, manuscrits et lettres personnelles furent dispersés lors d’une vente aux enchères à l’hôtel Drouot.
Mais la maison de Morterolles resta à l’écart, comme un fragment de mémoire. Les habitants du village racontaient encore, des années durant, voir parfois une lumière s’allumer, un jardin entretenu, puis de nouveau le silence — à l’image de Sevran lui-même : éclatant et solitaire.
Ce n’est qu’en mai 2025 que la vente fut officiellement confirmée. Une époque s’achève. Sur les réseaux sociaux, un admirateur écrivait :« Pascal Sevran n’a jamais vraiment quitté Morterolles. Il est dans le vent, dans le silence qu’il aimait tant. »
Pascal Sevran n’a jamais été un homme facile à aimer. Têtu, caustique, souvent dur. Mais nul ne conteste qu’il a consacré sa vie entière à la chanson et à l’écriture. « Je n’ai pas d’enfant, mes livres sont mes héritiers », disait-il. Et, de fait, ses journaux et mémoires continuent d’être réédités.
Beaucoup les relisent aujourd’hui comme les témoins d’une France révolue – celle des refrains populaires, des passions sincères, et des artistes entiers.
Dix-sept ans après sa disparition, la télévision n’est plus la même. Les variétés d’antan ont disparu, les plateaux se sont digitalisés.
Mais le nom de Pascal Sevran reste dans les mémoires : pour certains, un symbole d’un âge d’or de la chanson télévisée ; pour d’autres, un personnage dérangeant que l’on ne peut oublier. La maison de Morterolles a désormais un nouveau propriétaire. Pourtant, quelque part, sur le petit chemin bordé d’arbres, résonne encore sa phrase emblématique :« Ici, je savoure le silence et l’ennui. »
Une phrase comme un adieu doux-amer à la vie – celle d’un homme qui fit chanter la France entière, avant de choisir, enfin, le silence.





















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