Serge Lama ouvre les portes de sa maison du Perche où il profite d’une retraite paisible avec sa femme Luana Santonino
- Théo Ruisseau

- 14 avr.
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 22 avr.
"Et si, loin des projecteurs, se cachait l’endroit où tout continue de vivre autrement… ?"
Il existe des lieux qui ne ressemblent à aucun autre. Des endroits qui ne brillent pas par leur luxe, mais par ce qu’ils gardent en mémoire. Des maisons où le temps semble ralentir, comme si chaque mur retenait un souffle, chaque pièce une émotion. Pour certains, ce sont de simples refuges. Pour d’autres, ce sont des fragments entiers de vie.
À mesure que les années passent, les artistes quittent peu à peu la scène, mais ils ne disparaissent jamais vraiment. Ils changent simplement de rythme, d’espace, de lumière. Là où le public ne les voit plus, ils continuent d’exister, différemment. Et parfois, c’est dans ces retraits silencieux que se dessinent les chapitres les plus sincères.
Dans une région discrète, loin du tumulte parisien, un chanteur a choisi de se retirer. Non pas pour fuir, mais pour se retrouver. Un lieu entouré de verdure, de calme, presque hors du temps… un endroit qui intrigue autant qu’il apaise.
Ce qui fascine, ce n’est pas seulement le choix de cette vie plus simple. C’est ce que ce lieu représente réellement. Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? Et surtout… qu’est-ce que cette maison raconte encore, quand les portes se ferment ?

Car derrière les façades tranquilles, il y a souvent des histoires que l’on ne soupçonne pas. Des souvenirs qui ne s’effacent pas, des émotions qui restent accrochées au silence. Et dans ce cas précis, la douceur apparente cache aussi une profondeur inattendue.
À 82 ans, Serge Lama semble avoir trouvé dans le Perche bien plus qu’un simple lieu de repos. Installé dans une maison chaleureuse à Romilly-du-Perche, il savoure aujourd’hui une retraite paisible, entouré de nature et de simplicité. Loin des tournées et des projecteurs, il redécouvre un quotidien fait de petits instants, de silences apaisants et de souvenirs précieux.
Ce choix n’a rien d’anodin. Depuis des années, l’artiste nourrissait un attachement profond pour cette région. Là où d’autres privilégient la mer ou les grandes villes, lui a préféré la discrétion des paysages ruraux, la douceur des chemins boisés et l’authenticité des rencontres humaines.
En 2022, lorsqu’il annonce mettre un terme à sa carrière, c’est une page immense qui se tourne. Une décision difficile, mais assumée. Lors d’un hommage en 2023, marqué par une émotion palpable, il confie : "Je suis très ému… c’est peut-être la dernière fois que je vois un public m’acclamer debout. Mon corps ne peut plus suivre. Je ne veux pas chanter assis." Une phrase simple, mais lourde de sens, qui marque la fin d’une époque.
Mais c’est dans cette maison du Perche que se cache sans doute le cœur de son histoire. Bien avant la retraite, ce lieu était déjà un refuge. Un endroit où il venait se ressourcer, loin de l’agitation. Un espace intime, partagé autrefois avec Michèle Chauvier, qui a profondément marqué sa vie.
Et c’est ici que survient l’un des moments les plus bouleversants de son existence. En 2016, Michèle Chauvier y est retrouvée sans vie, victime d’un AVC. Même séparés, leur lien n’avait jamais disparu. Il la décrivait comme "sa femme, sa mère, sa sœur et sa meilleure amie". Une relation rare, intense, qui dépasse les mots.
Ce drame donne à la maison une dimension particulière. Elle n’est plus seulement un refuge, mais un lieu chargé d’émotions contrastées. Et pourtant, Serge Lama n’a jamais envisagé de la quitter. Comme si partir, ce serait aussi abandonner une part de lui-même.
C’est là que réside le véritable tournant de cette histoire. Car ce lieu, marqué par la perte, devient aussi celui de la reconstruction. Un espace où les souvenirs douloureux coexistent avec une forme d’apaisement. Une dualité silencieuse, mais profondément humaine.
Aujourd’hui, une nouvelle présence accompagne cette vie plus calme. Aux côtés de Luana Santonino, l’artiste semble avoir retrouvé un équilibre. Malgré leurs 35 ans d’écart, leur relation repose sur une complicité sincère, discrète, loin des regards.
Leur quotidien se partage entre la campagne et Paris. Dans la capitale, un appartement près des Invalides, acquis en 1976, témoigne d’un autre mode de vie, plus urbain, plus structuré. Mais c’est bien dans le Perche que se trouvent ses respirations les plus profondes.
Dans les villages alentours, il mène une vie presque ordinaire. On le croise parfois à la terrasse d’un café, à La Ville-aux-Clercs, discutant simplement avec les habitants. Ceux-ci évoquent un homme accessible, chaleureux, loin de l’image inaccessible que l’on pourrait imaginer.
Ce contraste intrigue. Comment un artiste ayant marqué des générations peut-il se fondre ainsi dans un quotidien si simple ? Peut-être parce qu’après avoir tant donné, il ne reste que l’essentiel : le temps, les liens, et une certaine paix intérieure.
Et au fond, cette maison devient bien plus qu’un lieu de retraite. Elle est une mémoire vivante, un équilibre fragile entre passé et présent, entre perte et renouveau. Un espace où chaque silence raconte encore quelque chose.
Peut-être est-ce là le véritable secret : comprendre que certaines histoires ne se terminent jamais vraiment… elles changent simplement de décor.





















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